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LA NAISSANCE DU WEB VUE PAR UN DELEGUE DE L'ASSOCIATION

Comme vous le savez certainement tous maintenant, le web (WWW) a été inventé au CERN en 1989 par Tim Berners-Lee.

Tony Cass est membre de l’Association du Personnel depuis son arrivée au CERN en 1987, appréciant son rôle dans la défense des droits du personnel et ses contributions au fonctionnement et au développement du CERN. Il a été élu délégué du personnel en 2017 et nous sommes heureux de le compter dans nos rangs au Conseil du personnel.

Après avoir travaillé pendant un certain temps à la bibliothèque des programmes et au support du système CERNVM, Tony a contribué à l'introduction de systèmes informatiques interactifs basés sur les postes de travail, dont il est ensuite devenu responsable. Ses responsabilités se sont progressivement étendues à l'ensemble des systèmes interactifs, batch et de stockage, et il a également été responsable de la modernisation et de la mise à niveau du centre de calcul. Après avoir dirigé le Groupe des services de bases de données, Tony est maintenant responsable, comme chef de groupe des systèmes de communication dans le département IT, des services de réseau, de téléphonie et de radio numérique du CERN.

Il nous livre aujourd’hui son témoignage très personnel de cette grande époque de la naissance du World-Wide Web.

En tant que jeune membre du personnel du CERN en 1989, la naissance du Web m'a dépassé. J'étais trop occupé à m'assurer que le flux sans fin de mises à jour et de corrections de GEANT3 de Federico Carminati soit compilé sur toutes les plateformes existantes sous le soleil. Ou peur d'être réveillé par une panne du système de sauvegarde de l'IBM au milieu de la nuit. Il n'y avait pas d'accès facile à distance à l'époque. Si le problème n'était pas assez trivial pour être résolu en utilisant l'émulateur de terminal du Minitel, il n'y avait pas d'autre alternative que de se rendre sur le site du CERN. Bien souvent, le trajet jusqu'au CERN était plus rapide.

Quand j'ai eu connaissance du WWW pour la première fois, c'était par le biais du navigateur en mode ligne. Je doute que même Nicola Pellow puisse qualifier cela d'attrayant et le rendu était encore moins avenant sur un écran IBM 3270 de taille fixe. A ce propos, je dois faire un rapide hommage à Rainer Többicke qui a mis au point le logiciel permettant de fournir les écrans virtuels du 3270 au milieu des années 80 – pourquoi a-t-il fallu tant de temps à Windows pour prendre en charge les postes de travail virtuel ?

Une personne qui en a repéré le potentiel fut Bernd Pollermann. Bernd était responsable du système d'aide sur l’IBM et essayait toujours de comprendre pourquoi les utilisateurs ne trouvaient pas l'information qu'ils voulaient et ajoutais les mots clés nécessaires aux fichiers d'aide.  Un peu comme Google inclut des résultats pour “cheap Adelaide” quand vous recherchez “CHEP Adelaide”. Bernd a rapidement découvert le potentiel du Web pour rendre l'information “trouvable” et permettre aux gens d'explorer des sujets plus en détails. Bernd, comme Google, appréciait aussi la vitesse d’exécution. Pour ma part, j'étais responsable d'un paquet d'E/S en assembleur et, à sa demande, j'ai écrit une version simplifiée avec une interface peu conviviale mais efficace, et sans contrôle d'erreurs. De nos jours on appellerait cela une API mais nous n'avions pas de tels termes à l'époque.

Mon souvenir suivant est celui d'une présentation faite par Tim lui-même en 1992 ou 1993. J'étais assis à l'arrière de l'auditorium IT, comme d'habitude. C'était avant que Frédéric Hemmer et moi ne commencions à nous disputer le précieux siège du côté de l'allée juste à l'entrée gauche.

À l'époque, ce siège était réservé au toujours très actif Tony Osborne, qui a réussi à jongler avec les rôles d’adjoint du chef de division, de grand patron des comptes et de la comptabilité et de spécialiste en logiciels pour CPLear. Mais revenons à notre histoire. Je ne me souviens pas très bien de la présentation, mais je me souviens qu’à la fin Harry Renshall a suggéré que Tim devrait développer un navigateur pour le système X Window. Tim n'était pas intéressé, expliquant je pense, qu’il n'y aurait aucune possibilité d'écrire du contenu. Personnellement, je pense que la complexité de X Window était une raison suffisante. Même à une époque où j’avais un mur plein de mauels, le mètre de long des manuels X Windows était effrayant. J'ai limité mes études de programmation, et je suis sûr que les membres de mon groupe actuel seront surpris d'entendre cela, aux travaux de Richard Stevens.

Au NCSA, cependant, il y avait un tas de gens qui n'avaient pas la pureté de vision de Tim (ou son *blink*goût*/blink*) et qui n'avaient pas peur de la complexité. Le reste, comme on dit, fait partie de l'histoire.

Ou presque. Tim était dans le même groupe que moi dans ses dernières années au CERN. J'étais à une conférence avec Judy Richards, alors sa cheffe de section, quand elle a été étonnée de découvrir qu'elle avait un “secret” dans son équipe. C'était, bien sûr, Arthur Secret, mais il me semble, avec le recul, que cela a été un signe avant-coureur de la séparation entre le Web et l'endroit où il est né.