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Notre Caisse de pensions prend-elle trop de risques ?

Dans un article de la Tribune de Genève du vendredi 22 juin (« CERN: la caisse de pension prend des risques ») certains experts helvétiques de la prévoyance professionnelle suisse expriment leur « stupéfaction » par rapport au fait que la Caisse de pension du CERN investira plus de 500 millions de dollars sur des hedge funds (habituellement les plus spéculatifs, alternatifs et non traditionnels), soit 15% des actifs qu’elle gère. Dans l’article Théodore Economou, l’administrateur de notre Caisse de pensions, précise toutefois que la Caisse investit dans les placements alternatifs d’une façon très sélective (critères éthiques, pas de positions sur des fonds ne pratiquant que la vente à découvert et avec des limites dans l’exploitation des effets de levier).

Certains experts considèrent que la Caisse de pensions prend trop de risques. Dans ce contexte il faut se souvenir que les objectifs de rendement (3% au-dessus de l’inflation, soit 5% brut) ne permettent pas à la Caisse d’investir tous ses avoirs dans des placements « sûrs » (p.ex. les obligations de la Confédération suisse sur 30 ans, qui rapportent aujourd’hui moins de 1% par an). Il faut également souligner que, associé aux mesures décidées par le Conseil en juin 2011* et en mars 2012**, cet objectif de 5% est nécessaire pour éviter de creuser davantage le déficit de la Caisse.

Enfin, il faut mentionner les rapports successifs des Commissaires aux comptes. Déjà en juin 2011, ceux-ci attiraient « l’attention du Conseil sur le fait qu’un objectif de rendement sur investissement de 5% dans une situation de volatilité des marchés rend inapplicable une politique de « risque minimum » (CERN/2968, p18). Le message est répété avec force dans leur rapport de juin 2012 (CERN/3019, p23).

C’est donc le Conseil du CERN qui doit décider de la stratégie : revoir les mesures de financement de la Caisse, reconsidérer l’objectif de la pleine capitalisation, ou bien continuer de prendre des risques. La prochaine étude actuarielle sera disponible en 2013 et permettra d’évaluer les conséquences de ces diverses alternatives. C’est sur cette base que le Conseil pourra décider d’adapter certains paramètres actuariels, dont l’objectif de rendement, aux nouvelles conditions de l’environnement financier et économique.

À cette occasion, le Conseil devra tenir compte de ce qui est spécifié dans le Préambule des Statuts de la Caisse de pensions de l’Organisation européenne pour la Recherche nucléaire : « […] le Conseil assume une responsabilité directe vis-à-vis de la Caisse et qu’il est l’autorité de surveillance suprême et le garant des prestations de pension, […] ». In fine c’est donc le Conseil du CERN, et à travers lui les États membres, qui garantit le paiement des prestations acquises jusqu’au décès du dernier bénéficiaire.

 

* Augmentation des contributions, gel de l’indexation des pensions, contributions spéciales du CERN et de l’ESO.
** Relèvement de l’âge du départ en retraite, augmentation de la participation employé et diminution du taux d’acquisition de droit à pension pour les nouveaux recrutés.