CERN Accelerating science

Rencontre avec Catherine Laverrière

Après 35 années de carrière au CERN, Catherine Laverrière part en retraite en juin.

Quand on rencontre Catherine pour la première fois, on est accueilli par une personne souriante, calme et bienveillante. En travaillant avec elle, on découvre l’énergie qui alimente sa grande capacité de travail, ainsi que la justesse de ses propos et de ses appréciations.

Arrivée en avril 1983 comme assistance administrative dans la division SB (Services et Bâtiments), c’est à la machine à écrire qu’elle tape ses premiers appels d’offres pour la construction du LEP. A la maternité pour accueillir son premier enfant, elle ne peut participer, en novembre 1989, à la journée de l’inauguration du LEP, aboutissement d’un long et passionnant travail collectif.

Comme après chaque grand projet, le CERN se restructure et Catherine poursuit sa route en restant dans la « technique » en travaillant, entre autres, pour le groupe MT-SM de Cristoforo Benvenuti, puis pour Paul Faugeras et, de 1996 à 2004, pour le groupe LHC-CRI (cryostats). Le projet LHC est alors lancé et Catherine, avec son sens de la rigueur, s’efforce encore de rédiger des documents techniques clairs et précis. Son sens de l’organisation et de la rigueur la pousse à s’investir dans le domaine de l’assurance de la qualité qui prend réellement forme au CERN pendant les phases de construction du LHC sous l’impulsion de P. Faugeras et de son équipe. D’appels d’offres en ‘Engineering Change Request’ (ECR), en passant par le développement des bases de données ‘Engineering and equipment Database Management Service’ (EDMS) et ‘Manufacturing and Test Folder’ (MTF), Catherine participe à l’élaboration d’une structure d’archivage et d’échange des données qui sert de socle encore aujourd’hui à l’édifice technique gigantesque du LHC. Fin 2007, elle intègre la Commission de Sécurité et commence une nouvelle aventure sous la direction d’Elena Manola faisant partie de l’équipe chargée du développement des dossiers de sécurité du CERN mais également de la publication des règles de Sécurité. C’est dans l’unité HSE qu'elle termine aujourd'hui sa carrière après un court détachement de 2013 à 2015 pour la restructuration et la réorganisation du service des sapeurs-pompiers du CERN.

A.P. : Quel est ton ressenti après 35 ans de CERN ?

C.L. : Une grande chance, la chance d’avoir côtoyé des gens d’un grand savoir et d’une grande humilité à la fois.

A.P : Quelle est, à ton avis, la raison principale du succès du CERN ? 

C.L. : La bonne volonté et l’excellence de tous. A côté de chaque grand scientifique, prix Nobel compris, il y avait un ingénieur et un technicien qui brillaient aussi dans leur domaine et sans qui le succès et l’innovation ne seraient pas au rendez-vous.

Depuis 2007, Catherine est déléguée du personnel. À l’Association du personnel, elle intègre rapidement la « CAPA », la commission des cas particuliers ; son sens de l’écoute et sa bienveillance y sont fortement appréciés. Sa facilité à rédiger des articles l’amène également à la commission In-Form-Action qu’elle dirigera pendant un temps. En 2007, elle rentre également au Comité exécutif. Finalement, Catherine est élue Vice-présidente de l’Association du personnel pour un mandat, 2016-2017.

A.P. : Quel changement dans l’évolution des carrières au CERN t’a-t-il marqué au fil des ans ?

C.L. : L’introduction de la reconnaissance du mérite a cultivé l’individualisme en mettant les gens en compétition. J’ai peur que des valeurs qui ont fait les succès du CERN, comme l’esprit et le travail d’équipe, en souffrent.

A.P. : Aurais-tu un conseil pour l’avenir ?

C.L. : Non, un souhait plutôt : que l’on reconnaisse et récompense l'expertise technique de nos personnels ; à mon sens, la spécificité et l’expertise hors norme de nombre de nos techniciens et ingénieur-techniciens ne sont pas, ne sont plus comprises et reconnues. Se priver de cette expertise et des connaissances associées serait une grave erreur pour l’Organisation ! Je parle, entre autres, du raccourcissement de l’ex-filière D qui d’une certaine manière nie l’existence de ces niveaux de compétences exceptionnels. 

Catherine, la vie continue et désormais tu vas pouvoir te consacrer à ta famille et profiter d’une retraite bien méritée qui sera surement aussi remplie que ta vie professionnelle le fut. On t’imagine en Afrique en mission pour une association caritative chère à ton cœur ou dans le pays de Gex avec ta famille et tes amis. 

Catherine, tu vas nous manquer.